Groseille et Lilas

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Helig de John Lunn 🎧

Dans une immobilité parfaite.
Dans une parfaite indifférence.
Je te laisse rompre notre étreinte intime.
Aérienne, tu traverses la chambre gagnée par les ombres du crépuscule.
D’un regard, je suis tes gestes lents, tes pas feutrés, les notes sensuelles de ton parfum.
Avec grâce, tu couvres tes épaules nues d’une étole aux entrelacs d’ivoire et d’ébène.

Sais-tu que cette étole ne cède que peu de place à l’imagination ?
Sais-tu que ta chute de reins, ainsi nimbée par les rayons déclinants, semble avoir été façonnée par les dieux ?

Mystérieuse, tu soupires.
Une moue boudeuse habille tes lèvres.
Cette même bouche qui exerçait il y peu encore un envoûtement charnel sur tout mon corps.

Baigné dans tes effluves capiteuses, je m’enivre.
Je suis fou, je suis saoul de toi…
M’entends-tu ?
Je suis empli de toi !
Ivre du velours indécent de ta peau. De l’encre noire de tes boucles. De l’améthyste de tes iris.
Perdu dans ces joyaux… Ceux qui me jaugent. Ceux qui me jugent.
Tu me perces à jour, tu me mets à genou, sorcière !
Je te désire, je te veux comme je n’ai jamais tant désiré…

Tu me regardes. Tu m’étudies.
J’attends. Je savoure.
Ton regard, ton corps, l’étole qui dessine un chemin clair-obscur le long de tes courbes.
Tu m’as conquis. Tu m’as soumis.
Avec langueur, tu regagnes le lit.
Tes bras se tendent et tes mains caressent dans une sublime promesse.
Ton corps se joint au mien. Nos souffles s’unissent.

Viens à moi, magicienne !
Je déposerai à tes pieds tout ce que je n’ai jamais prononcé.
Toutes ces pensées que je tais.
Tout cet amour que je ne sais exprimer.
Et enfin, dans cette étreinte de groseille et de lilas, tu me livreras tout de toi…

¢ Le Chuchoteur

Le reflet du guerrier

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Remembrance de Really Slow Motion 🎧

Approchez, venez à moi, laissez-moi vous conter une rencontre : celle d’un sage guerrier et d’une implacable divinité.
Imaginez une mystérieuse forêt, si dense et si sombre, que les cimes inatteignables ne vous révèlent aucun astre.
Plongez un instant dans son camaïeu de verdure, ressentez la puissance de ses êtres tapies dans les ombres…
Peu à peu son parfum prend possession de vos sens.
Vous vous ouvrez à elle.
Vous n’entendez plus que le craquement de vos pas et le rythme de votre respiration qui se mêle aux effluves boisées qui vous entourent…

Là. C’est ici. Concentrez-vous et voyez !
Il est ici, au centre de cette enclave : fier et serein.
Dans une immobilité absolue, il se prépare.
L’heure est bientôt venue…
A genoux, il s’éveille.
Les portes de son âme révèlent deux pupilles fendues, baignant dans des lacs d’agate.
Son histoire est gravée dans les sillons meurtriers qui parcourent son armure et sa peau.
Sa puissance résonne encore dans les deux lames silencieuses qui habillent son dos.

Le sentez-vous ? La danse va bientôt débuter.
Sa main, sûre et experte, tire son amante sanguinaire du fourreau.
Au loin, le hurlement lupin annonce la venue de cet autre : ancestral et dangereux.

Non, ne tremblez pas ! Surtout, ne vous détournez pas !
Imprégnez-vous de cet instant, de ces forces qui s’affrontent.

Voyez ! Le masque de mort se dresse maintenant face à notre guerrier.
Dans une agilité gracieuse, se défient racines et épées.
Parmi un tourbillon végétal, se mêlent tour à tour des vagues de terre et de vermillon.
Le choc des armes retentit jusque dans nos os.
Et aux cris bestiaux, se joignent des voix d’outre-tombe…
Le temps semble avoir suspendu sa course effrénée et nous, mon ami, nous avons cessé de respirer.

Le cœur de cette rageuse tempête se suspend alors…
Un tableau d’une ultime beauté s’ouvre soudain à nous : l’ancestral et le guerrier s’opposent et se soutiennent.
Le masque sanglant de l’un parfait reflet du miroir mortel de l’autre.

Dans un souffle tremblant chacun reprend sa place.
La fatalité première a cédé à une muette acceptation.

A qui de la bête ou du monstre, le titre de vainqueur devrait-il revenir ?
C’est ici que vous vous leurrez mon cher ami…
Il est des instants comme celui-ci où la conclusion ne devrait pas nous appartenir.

Dans un silence pesant, une trêve s’est installée.
Dans une respectueuse promesse, ces êtres se sont quittés.
Et moi, c’est face à ce fragile instantané, que vous laisse méditer sur le message qu’ils nous ont laissé…

¢ Le Chuchoteur