L’étreinte vermeille

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Gender de Really Slow Motion 🎧

Dans la moiteur du crépuscule, l’intimité d’une chambre.
Un lit à baldaquins habillé d’ombres et de tentures richement ornées.
Une silhouette assise, esseulée, face à son reflet.

Elle observe, absente, cette jumelle qui lui fait face.
Sa main délicate parcourt la cascade de sa chevelure de jais.
Ses courbes délicieuses se dévoilent sous le chuchotement de la soie poudrée de son déshabillé.

Une brise nocturne s’engouffre par la porte-fenêtre négligamment offerte à la nuit.
Elle se lève, s’avance doucement pour observer le mystère de minuit.
Dans l’attente, son corps caressé par les voilages dansant,
Ses monts, ses vallées, tout son être semble nimbé par la lune et le chant du vent.

Son visage éteint s’illumine soudain.
Au coeur d’une étrange brume inattendue se dessine une silhouette masculine, fière, sombre et singulièrement vêtue.
L’homme s’approche, ouvre grand les bras.
Elle se précipite et contint difficilement sa joie…
Dans une étreinte sensuelle, son corps fragile disparaît,
Emportée dans une valse de cuir, de cliquetis métalliques et de tissus pourpres mêlés.

La chorégraphie a porté les danseurs dans l’intimité des tentures ornées.
La sensualité a cédé la place à l’urgence des sens,
La beauté crue des corps, de la tentation et des baisers.
Aux confins de l’osmose, un cri, un soupir, des chuchotements…
La tension se fige et le silence s’étire.

Il émerge de la mer de draperie.
Il porte contre son sein, sa compagne éthérée.
Un instant interdit, il dépose un baiser douloureux sur la soie noire de ses cheveux.

Lentement, il échoue dans le confort d’une bergère isolée.
La belle endormie semble paisible dans son immobilité.
Une fleur carmin s’est épanouie le long de la courbe gracile de son cou.
Elle colore peu à peu la soierie de son décolleté exhibé à la moiteur de cette nuit amère.
Son amant retient encore quelques instants la chaleur de leur embrassade irraisonnée et
se maudit pour sa présomptueuse vanité.

Avec les premiers rayons de l’aube apparaîtra la cruelle vérité d’un corps exsangue par la grisante passion d’un jeune maître aux crocs trop acérés…

¢ Le Chuchoteur

Les Oubliés

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Lívstræðrir d’Eivør Pálsdóttir et John Lunn 🎧

Ainsi vous voici ?
Vous voilà revenue chère amie…
Bien. Prenez place et ouvrez vos sens.

Dans un labyrinthe brumeux de roches traîtresses et de bois gardien.
Le chuchotement d’une rivière.
Lente. Inexorable.
Au coeur d’une nature brute et sauvage.
Le grondement annonciateur du messager des dieux.
L’odeur pénétrante du mucus et de l’ozone.
Et la terre, vibrante, vivante.

Nous y sommes. Ressentez.

Une respiration haletante.
Le bruit rythmique et hypnotique.
Un parfum métallique, entêtant.
Le silence épais et sourd qui nous entoure.

Une silhouette sombre, bardée de cuir et d’acier.
Fière, dressée, instantané figé d’une bataille à peine achevée.
Une lame luisante d’un fatal vermillon, parfait prolongement d’un bras meurtrier.
Et une jumelle muette et funeste, tout contre son dos.

A ses pieds, une créature mi-aigle, mi-lion.
Immobile, piégée éternellement dans une ultime tentative de rébellion.
De son bec, glacé dans un dernier râle,  sa source de vie s’écoule.

L’épée effleure le plumage indigo.
Un profil aquilin et altier se dessine.
Des yeux lumineux et félins se devinent.
Une lassitude fugace se dévoile.
Dans un mouvement souple, un genou à terre est posé.

Écoutez. Le messager est arrivé.

Soudaine. Souveraine. Salvatrice.
L’ondée emporte les derniers échos sanglants de ce sacrifice.
Les yeux clos, le visage offert aux cieux.
L’averse lave la violence, la fatigue et l’offense faites aux dieux.

Voyez. Le miracle d’un jour nouveau est né.

La sombre confidente de ce duel retire son manteau étoilé.
Son éblouissante soeur déploie sa mousseline aux teintes chatoyantes et colorées.
Un rayon ami caresse cette scène le temps d’une inspiration étouffée.

La silhouette guerrière réunie de nouveau les lames unies.
Son tribu récolté, il est temps de perpétuer sa destinée.
D’autres rencontres, d’autres vies fauchées pour assurer la pérennité de l’humanité.

Ô dieux, soyez magnanimes et accordez votre mansuétude aux sorceleurs honnis et oubliés…

¢ Le Chuchoteur

Les fileuses profanes

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Pandémic de Really Slow Motion 🎧

Pardonnez mon impertinence, mon audace et mon manque flagrant de discrétion.
Vos propos fanfarons ont malgré eux, retenu mon attention.
De trois belles aux charmes inégalés, vous louez les grâces.
A trois dames aux captivantes qualités, vous souhaitez rendre grâce.

Vous, que la conscience innocente et le coeur galant conduisent jusque dans leurs bras sanglant.
Ecoutez mon conseil ami, tendez l’oreille à mon effroyable récit.
Fuyez pauvre fou !
Fuyez vous dis-je !
Vous ne seriez pas le premier à tomber sous leur charme, sous les assauts de leur lame.

Leurs gracieux traits de déesse dissimulent en vérité de pernicieuses hôtesses.
Face à leurs indéniables atours, apprenez à voir au delà du glamour.
N’osez même pas goûter à la douceur de leurs maudites étreintes.
Votre vigoureuse flamme serait à jamais éteinte.

Vous riez de moi ?
Riez de moi, je vous en prie…
Ecoutez moi un instant,
Laissez-moi vous retenir encore un moment.

Vous rêvez de vous tenir en leur envoûtante compagnie.
Vous délecter de leurs courbes glorieuses.
Savourer à leurs lèvres offertes, l’ivresse de l’ambroisie…
Malheureux naïf !
C’est votre propre ivresse, celle qui fait battre votre coeur, qu’elles boiront jusqu’à la lie.
Elles imagineront les pires supplices pour se repaître de vos suppliques à l’agonie.

Vous désirez ardemment couvrir leurs monts de Vénus.
Cueillir dans l’extase leurs soupirs langoureux.
Vous vous voyez déjà en amant conquérant et victorieux.
Inconscient orgueilleux !
C’est vous qui finirez à genoux, la chair meurtrie par les pires infamies.
La panse exposée pour être dépecée et dévorée.
De vous, rien ne subsistera, même vos os ne seront pas épargnés.

Eh bien mon jeune ami ?
Où sont votre verve, votre courage et votre ronflante vertue ?
Mon récit vous aurait-il abattu ?

Je vais vous confier un dernier secret, un murmure d’alcôve, une ultime prière.
On chuchote que ces dames pour qui vous nourrissez tant de sentiments passionnés, fusellent les destinées.
De votre vie et de votre trépas, elles seraient les maîtresses.
Des hommes, elles se gorgent des forces et des faiblesses.

Triste ingénu, si entre leurs mains vous êtes déjà parvenu, un simple pantin en sursis vous êtes devenu.
Si vous succombez à leur influence délétère, je vous souhaite alors une mort rapide et salutaire.

Adieu, mon jeune ami.
De votre vie puissiez-vous ne jamais croiser leur dévorante frénésie, elle ne connaît aucun répit.

¢ Le Chuchoteur

Allégeance

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de The Vagabond (OST The Witcher 3) 🎧

Dans le recueil et la concentration,
Je détaille la ligne fière de ton dos.
Au coeur des embruns,
J’entends le fracas des vagues qui érodent notre retraite.
Dans la tourmente du vent,
Je devine les doigts diaphanes d’Eole qui t’entourent.
Tu es à genoux sur la roche nue.
Et je me dresse dans l’attente d’un mot de toi, d’un éclat de voix.

Ombre mouvante, présence rassurante,
Je perçois ton obscurité familière.
J’imagine ta puissance guerrière, ton instinct ténu.
Puis le staccato de tes pas qui lentement te mènent à moi…

Voici plusieurs heures que ton mutisme se prolonge.
Quel dessein t’anime humaine ?
Dans quel but offres-tu ton corps et ton esprit aux impitoyables éléments ?
Je t’observe sortir de ta torpeur silencieuse.
Te voilà debout, dans toute ta pâleur glorieuse…

A la fierté se joint la défiance.
De ton regard d’acier tu me détailles.
La soie ondoyante de ta robe est une invitation au voyage…
D’un coup mat sur le sol gelé, tu me défies de m’approcher.

Tu hésites, lionceau !
Tu m’étudies, tu me contemples.
N’essaie pas de me conquérir, tu ne réussiras qu’à me faire fuir !
J’attends de toi de l’honnêteté.
Distrais-moi de ta volonté !

J’ai fait de toi ma sombre monture.
Remporté ta force, maîtrisé ton allure.
Accorde-moi sans retenue ta confiance et ta loyauté,
Je jure de ne jamais bafouer ta liberté.

Tu aimerais voler à mes côtés hirondelle ?
Je pourrais t’emporter par delà les océans, au delà des vallées.
Hors du temps et de l’espace, balayer tes ennemis pour ne jamais m’arrêter…

Pris dans cet étrange dialogue taiseux,
Les mains flattent, dessinent et caressent.
Elles se tendent et effleurent la courbe gracieuse d’une encolure.
Les lèvres doutent et déposent délicatement un baiser sur un chanfrein effronté.

Peu à peu, la méfiance cède le pas à la confiance.
La dureté se mue en loyauté.
C’est ainsi qu’à compter de cet instant et à jamais, la Dame et son fidèle destrier poursuivront ensemble leur félicité.

¢ Le Chuchoteur

Souvenance

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de In Your Eyes de Giulia Mazzoni 🎧

Face à cette porte close, je me tiens dans une confuse indécision.
La main sur la poignée, je prends une minute pour remettre de l’ordre dans mes pensées.
Kaléidoscope de senteurs, de couleurs,
Malstrom de sensations et de passion.
Un instant. En suspend. Puis, une inspiration.
Il est temps de déchirer le voile du passé.

Je pénètre encore une fois dans cette intimité tant de fois explorée.
Du bois sombre, des notes d’encens et d’ambre.
Des volumes centenaires et des notes griffonnées d’une plume légère.
Je t’entends, tu es là. Plongée une nouvelle fois dans des pages poussiéreuses.
Sereinement, je m’avance jusqu’à la porte entrouverte de ton cabinet de curiosité.
Tu es ici : nymphe sublime lovée dans un écrin d’éternité.

Ta tête dodeline délicatement.
D’une main tu soutiens ton menton, l’autre repose avec nonchalance sur le recueil précieux.
Le saphir de ton regard s’attarde sur quelque énigme d’encre et de papier…
L’astre flamboyant caresse le mordoré de ta chevelure qui cascade avec sensualité jusqu’à ta nuque.
Dans ta quête, tu as désordonné ton chignon d’une main paresseuse.
Etourdie et rêveuse, tu as laissé glisser ta tunique sur ton épaule dénudée.
Dans ton absolue concentration, tu as quitté les entraves à tes pieds.
Durant ton exploration, tu as échoué sur la méridienne pourpre où nous nous sommes si souvent aimés.

Je m’attarde, je grave en moi ce tableau si charmant.
Je retiens encore un instant, l’innocence de nos derniers moments.
La course effrénée du passé à rejoint le présent, révélant à mon esprit mis à nu, une histoire à reconquérir et des gens oubliés à chérir.
Toi qui a été mon tout, aujourd’hui je suis venu te faire mes adieux silencieux…

Je me détourne de toi. Tu chuchotes mon nom avec tant de douleur dans la voix.
Je m’arrête, le temps d’un battement.
Tu sais. Douloureuse, tu te résignes.
En moi résonne l’écho des mots que tu ne prononces pas.
Dans un dernier claquement sourd, la porte se referme sur notre fugace élan d’amour.
Tu as empli le vide et chassé les ombres de mon passé éteint.
Je tracerai mon présent et embrasserai mon nouvel horizon lointain…

¢ Le Chuchoteur