Providence

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Dormiveglia de Invendable Harmony 🎧

Dans une épaisse forêt, le murmure des feuillages.
La fin du jour est prudemment repoussée par le crépitement du feu et la chaleur du foyer.
Voyageur apeuré ou naïf spectateur, vous vous êtes porté au devant de la lumineuse promesse, avide de réconfort et d’un peu d’allégresse.

Fort bien. Approchez.
Installez-vous et écoutez.
Oh, tiens donc… Nous avons une invitée.

Bonsoir petit ange,
Bonsoir fragile beauté,
Que fais-tu ici ?
Te serais-tu égarée ?
Loin de ton refuge tes pas t’ont porté.
Sur le chemin des douceurs tu t’es retrouvée.

Tu me fixes. Tu attends.
Tu me détailles de tes yeux innocents.
Sache, petite fille, qu’un grand danger te guette.
Si tu poursuis ton chemin, cet étroit sentier sonnera ta fin.

Au delà de ce sombre labyrinthe, vivent des dames infâmes et des loups affamés.
Elles useront de soufre et de magie pour te prendre ton souffle et ta vie.
Ils croqueront tes os, elles se repaîtront de ta chair.
De tes yeux et tes oreilles, elles feront des familiers qui leurs chuchoteront de nouvelles victimes à dévorer.

Allons, tu pâlis. Tu trembles maintenant.
Approche, viens rehausser de couleurs tes joues rosies et tes boucles dorées.
Tu sais, il serait bien plus sage de retrouver le confort de tes draps.
Il me semble que même ta poupée préfère la monotonie de votre chambrée.

Pardon, que dis-tu ?
Tu voulais simplement manger les sucreries et voir les fées dont parlent les autres enfants ?
Hahaha petite ingénue !
Les friandises tant désirées se révèleraient être des abominations faisandées !
Sans l’ombre d’un doute, elles seraient couvertes de vers grouillants à l’odeur putréfiée.
Quant aux fées, les êtres délicats et étincelants que tu me décris le seraient seulement par sorcellerie !
Tu finirais entre les mains d’effroyables nécromanciennes, toute hurlante et gesticulante, maudissant les marmots vaniteux qui t’auront précipité dans la pire des atrocités !

Pardon, je m’emporte.
N’aie crainte. Tu ne risques plus rien à nos côtés.
Viens, allonge-toi près du feu.
Prends ta poupée et ferme les yeux.
Nous veillerons sur ton sommeil et tes voeux.
Demain, tu retrouveras la quiétude et la sérénité de ton logis.

Vous aussi, voyageur, il est l’heure.
J’éloignerai le Malin.
Ainsi, vos songes seront sereins.

¢ Le Chuchoteur


Prophétie

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de In Vino Veritas d’Adrian Von Ziegler 🎧

Me voici, une nouvelle fois portée au cœur d’une énième taverne aux mœurs contestées.
La plume à la main, je me laisse habitée par l’atmosphère surchauffée et la rustique compagnie de mes voisins échevelés.
Je griffonne des notes à la hâte sur des parchemins épars lorsqu’une ombre capture mon regard.

Sombre silhouette encapuchonnée, vous semblez glisser sans entrave jusqu’à un alcôve isolé.
Alerte. Parfaitement armé. Vous transpirez la dangerosité.
Intriguée, je vous observe sans retenue.
Vous ne semblez pas m’avoir aperçu.
Absorbé, que dis-je, aspiré dans la contemplation de l’objet de votre venue.

Distraitement je suis la ligne de votre regard scrutateur.
J’y découvre celle qui a tant de valeur.
Attablée et confortablement accompagnée, la belle rit.
Aux acclamations scabreuses et taquineries, elle répond par des sourires et des gestes amis.

La mystérieuse étrangère offre un spectacle captivant.
Derrière sa nonchalance habillement affichée, se révèle un tempérament de guerrière affirmée.
Ses nobles traits, animés par des expressions mutines, semblent vous faire soupirer.
Amusant combien un impitoyable soldat peut être aussi facilement terrassé…
Je poursuis mon exploration de votre adoration pour deviner les joyaux iridescents de votre bien-aimée.
L’un d’eux porte encore les stigmates d’un douloureux affrontement.
Loin de faire pâlir notre fascinante muse, elle ne me fait que l’aimer plus ardemment.
Soit, je vous l’accorde. Je suis conquise.

Grisée par cette reconnaissance, je me lève et m’avance.
Jusqu’à vous je me faufile et avec habileté me dérobe à votre vigilance.
Me voici assis à vos côtés.
Vous êtes surpris. Méfiant. Promptement vous m’étudiez, vous jugez de ma malignité.
Le plus innocemment possible je vous souris.
Je vous présente mes mains gantées.
Je suis votre amie.

Vous vous adossez plus confortablement.
Maintenant vous me détaillez plus sérieusement.
Des mèches corbeaux s’échappent de votre coiffe rabattue à la hâte.
Je plonge dans vos puits saphirs pour tenter d’y déceler quelques mystérieux avenir.
Lentement, vous esquissez un rictus.
Très bien, vous avez décidé que je ne serai un divertissement de choix.

Une dernière fois, vous plongez vers votre intrigante maîtresse.
J’aperçois une ombre furtive de peine et de regret mêlés.
Votre chagrin me pousse à vous effleurer la main pour tenter de vous en soulager.
Ma tentative a retenu votre attention et d’une poigne ferme vous suspendez mon geste.

C’est à cet instant que votre passé et votre avenir me sont dévoilés.
Course folle d’image et de pensées.
Je serre votre main et vous prie dans un souffle d’être prudent.
Dans cet ultime avertissement, je me lève pour vous adresser un adieu bienveillant.

Puissent les dieux vous soulager de votre tourment.

¢ Le Chuchoteur

La Gardienne

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Druidic Dreams d’Adrian Von Ziegler 🎧

Dans la clameur et l’atmosphère exaltée d’une taverne, je me laisse porter.
Par les voix, les chants et les rires.
Les yeux clos, j’écoute, j’apprends, je m’inspire.

Abruptement, ma contemplation est interrompue.
Je vous observe avec curiosité, votre visage est déterminé.
Debout, les poings serrés, vous ne semblez pas vouloir vous effacer.
Votre effronterie me plaît.
Vous êtes amusant, vous savez ?
Très bien. Prenez place et donnez-moi votre main.
Pourquoi tant d’hésitation ?
Vous n’avez tout de même pas fait tout ce chemin pour être vaincu par un sursaut d’appréhension ?
Vous vous asseyez, le regard farouche et la main intrépide.
Je vous souris, votre courage me rend digne d’être votre guide.

Derrière vos paupières closes s’opère l’illusion.
Peu à peu vous accueillez la brise caressante d’une journée en déclin.
Autour de vous, le murmure mystique d’un décor sauvage et indompté.
Sur votre corps, la douce morsure des rayons qui se fraient un passage dans quelques trouées.
Vous êtes bercé par le chant de la terre, votre souffle se mêle à la nature nourricière.

Venez. Accompagnez-moi.
Marchons quelques pas.
Surtout, soyez prudent. Elle est là.
Elle attend.
Ne me regardez pas ainsi !
Allons, d’ici peu vous aurez compris…

Soudain, un craquement, le bruit d’une course légère.
Vous sentez sur votre nuque des picotements, une sensation familière.
Les habitants de la forêt se sont tus.
Tous retiennent leur souffle et savourent sa venue.

Notre belle aventureuse, notre insoumise amazone se tient fièrement sous vos yeux ébahis.
Tout en elle n’est que nature brute et magie.
Sa silhouette élancée se dévoile sous un entrelacs de verdure savamment mariée.
Sa chevelure cascade jusqu’à ses reins et l’habille de teintes automnales et flamboyantes.
Son harmonieuse poitrine offerte est soulevée par sa respiration impatiente.
Sa course a déposé sur sa peau opalescente un fin voile brillant.
Alerte, dangereuse, ses mains gracieuses tendent un arc mortel.

Vous plongez dans l’intensité de son regard émeraude.
Tant de savoir, tant de sagesse et de troublantes promesses.
Vous semblez pris au piège, incapable de vous détourner de son aura.
Vous tomberiez presque à genoux si je ne vous retenez pas.
Ses traits mutins vous épient, vous observent, vous étudient.
Dans un sursaut de clémence, notre muse divine épargne notre piètre existence.
Elle range son funeste compagnon non sans un dernier regard chargé d’une ultime injonction.
Jamais plus nous ne devrons revenir en ces lieux, sous peine d’y trouver le repos éternel de nos aïeux.

Au son d’un grand fracas, vous rouvrez des yeux bouleversés.
Un facétieux acolyte a fracassé sa chope sur la tête de son voisin échauffé.
Encore sous le coup de votre transe et de votre émoi, vous posez le regard sur moi.
Je lâche votre main, m’adosse et vous lance d’un ton enjoué :
Oserez-vous la prochaine chevauchée ?

¢ Le Chuchoteur

Écho

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Touzakaru Hibi no Koto – Sorrow Without Solace (Final Fantasy XV OST) 🎧

Le dernier fracas d’une porte qui claque.
Le dernier éclat d’une parole blessante.
Dans la pénombre de la fin du jour,
Seuls les souffles hachés et la silhouette vêtue d’ombre et de clarté témoignent de la scène qui vient de se jouer.

Heurtée, assombrie, elle prend appui d’une hanche gainée contre un antique bureau encombré.
Les yeux clos, elle rejoue inlassablement leur joute derrière ses paupières fardées.
Elles froissent ses traits délicats.
Sa bouche sensuelle barre son visage d’une ligne sévère.

Ses mains gantées serrent à leur tour l’essence exotique du mobilier.
Il craque, il soupire, il reçoit silencieusement les réminiscences de leur bataille.
Lentement, elle offre son visage aux rayons déclinants.
Cristalline, esseulée, une larme dévale la courbe d’une joue pour mieux se nicher dans la rondeur d’une lèvre charnue.
Bien vite chassée, notre dame se redresse, s’enlace et expire.

Le chuchotement de ses étoffes caressent ses courbes relevées.
Dans la solitude, elle se découpe dans le clair-obscur d’une verrière glacée.
Tel un tableau de maître, elle s’expose, suspendue dans le temps et l’espace mêlés.

Derrière la porte close, immobile, contenu, il retient son souffle saccadé.
Sa volonté lui soufflait de s’éloigner, il n’a pu finalement s’y résigner.
Un instant, l’antique porte le soutient. Le regard éperdu, il fixe le vide qui l’entoure.
Ses pieds sont ancrés, ses jambes se dérobent à ses ordres muets.
Las, il laisse son corps glisser.
Le sol lui semble glacé, il fige le théâtre d’ombres qui hantent son esprit fourbu.
Il se dit qu’il ne devrait pas être ici, mais sa raison ne l’écoute plus…

Au petit matin, il le sait, il ira la retrouver.
Sans un mot, il rendra les armes face à sa beauté.
Sans une parole, leurs corps s’épouseront une fois encore.
Sans retenue, ils brûleront de passion et d’ardeur renouvelées.
Sans regret, ils s’offriront à la magie de leurs étreintes et de leurs voeux désavoués.

¢ Le Chuchoteur

Oraison

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Lullaby Of Woe par Ashley Serena 🎧

Vous ici ?
Venez cher ami, accompagnez-moi.
Soyons les témoins silencieux de la Destinée.

Regardez autour de vous, que voyez-vous ?
Une terre désolée, balayée par les ravages des hommes et du temps…
Des arbres décharnés, dépourvus de leur magnificence d’antan.
Un obscur brouillard chargé des fétides effluves d’un immonde charnier.

Tendez l’oreille mon ami !
Entendez-vous la mélodie glaçante de la mort qui rampe et qui sournoisement s’approche ?
Le son humide des crocs qui déchirent et des langues qui claquent ?
Vous retenez votre souffle très cher…
Le parfum écoeurant de la décomposition, de la désolation et de la peur nous entoure.

Attendez ! Là, à la lisière ! La devinez-vous ?
La fine silhouette qui s’avance au coeur de cet enfer.
Son pas est sûr, cadencé et volontaire.
Elle exhale le danger, le sang et l’acier.

Mon ami, puis-je vous confier quelque chose ?
A cet instant, je suis ému par cette vision…
Gardons le silence voulez-vous ?
Soyons les spectateurs de cette manifestation et de son oeuvre.

Notre apparition est belle, féline, glaciale.
C’est une étoile brûlante et étincelante.
Ses courbes féminines sont gainées de cuir, d’acier et de fourrure.
Chacun de ses mouvements projette une aura fascinante de beauté et de dangerosité.

Notre valkyrie est venue affronter la nuit.
Les lignes de son dos annoncent sa détermination.
Son regard d’ambre liquide est implacable.
Sa poigne ferme sur la garde de son alliée fidèle.

Les ténèbres s’agitent, le festin a cessé.
Tous savent que le moment est venu.
L’entêtant parfum métallique aux teintes carmins va bientôt couvrir l’effroyable désastre de ce paysage…

Le temps est venu mon ami.
Un à un des rubis scrutateurs de violence et de mort illuminent le brouillard.
Les grondements et les ricanements d’épouvantes se font écho.
Notre immaculée sorceleuse brandit sa lame vibrante,
Sa danse va débuter et son oeuvre funeste prendre vie…

Mais, c’est ici que je vous quitte mon ami très cher…
Car il s’agit d’une autre histoire qu’un jour peut-être je vous conterais.

¢ Le Chuchoteur