La Gardienne

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Druidic Dreams d’Adrian Von Ziegler 🎧

Dans la clameur et l’atmosphère exaltée d’une taverne, je me laisse porter.
Par les voix, les chants et les rires.
Les yeux clos, j’écoute, j’apprends, je m’inspire.

Abruptement, ma contemplation est interrompue.
Je vous observe avec curiosité, votre visage est déterminé.
Debout, les poings serrés, vous ne semblez pas vouloir vous effacer.
Votre effronterie me plaît.
Vous êtes amusant, vous savez ?
Très bien. Prenez place et donnez-moi votre main.
Pourquoi tant d’hésitation ?
Vous n’avez tout de même pas fait tout ce chemin pour être vaincu par un sursaut d’appréhension ?
Vous vous asseyez, le regard farouche et la main intrépide.
Je vous souris, votre courage me rend digne d’être votre guide.

Derrière vos paupières closes s’opère l’illusion.
Peu à peu vous accueillez la brise caressante d’une journée en déclin.
Autour de vous, le murmure mystique d’un décor sauvage et indompté.
Sur votre corps, la douce morsure des rayons qui se fraient un passage dans quelques trouées.
Vous êtes bercé par le chant de la terre, votre souffle se mêle à la nature nourricière.

Venez. Accompagnez-moi.
Marchons quelques pas.
Surtout, soyez prudent. Elle est là.
Elle attend.
Ne me regardez pas ainsi !
Allons, d’ici peu vous aurez compris…

Soudain, un craquement, le bruit d’une course légère.
Vous sentez sur votre nuque des picotements, une sensation familière.
Les habitants de la forêt se sont tus.
Tous retiennent leur souffle et savourent sa venue.

Notre belle aventureuse, notre insoumise amazone se tient fièrement sous vos yeux ébahis.
Tout en elle n’est que nature brute et magie.
Sa silhouette élancée se dévoile sous un entrelacs de verdure savamment mariée.
Sa chevelure cascade jusqu’à ses reins et l’habille de teintes automnales et flamboyantes.
Son harmonieuse poitrine offerte est soulevée par sa respiration impatiente.
Sa course a déposé sur sa peau opalescente un fin voile brillant.
Alerte, dangereuse, ses mains gracieuses tendent un arc mortel.

Vous plongez dans l’intensité de son regard émeraude.
Tant de savoir, tant de sagesse et de troublantes promesses.
Vous semblez pris au piège, incapable de vous détourner de son aura.
Vous tomberiez presque à genoux si je ne vous retenez pas.
Ses traits mutins vous épient, vous observent, vous étudient.
Dans un sursaut de clémence, notre muse divine épargne notre piètre existence.
Elle range son funeste compagnon non sans un dernier regard chargé d’une ultime injonction.
Jamais plus nous ne devrons revenir en ces lieux, sous peine d’y trouver le repos éternel de nos aïeux.

Au son d’un grand fracas, vous rouvrez des yeux bouleversés.
Un facétieux acolyte a fracassé sa chope sur la tête de son voisin échauffé.
Encore sous le coup de votre transe et de votre émoi, vous posez le regard sur moi.
Je lâche votre main, m’adosse et vous lance d’un ton enjoué :
Oserez-vous la prochaine chevauchée ?

¢ Le Chuchoteur

Écho

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Touzakaru Hibi no Koto – Sorrow Without Solace (Final Fantasy XV OST) 🎧

Le dernier fracas d’une porte qui claque.
Le dernier éclat d’une parole blessante.
Dans la pénombre de la fin du jour,
Seuls les souffles hachés et la silhouette vêtue d’ombre et de clarté témoignent de la scène qui vient de se jouer.

Heurtée, assombrie, elle prend appui d’une hanche gainée contre un antique bureau encombré.
Les yeux clos, elle rejoue inlassablement leur joute derrière ses paupières fardées.
Elles froissent ses traits délicats.
Sa bouche sensuelle barre son visage d’une ligne sévère.

Ses mains gantées serrent à leur tour l’essence exotique du mobilier.
Il craque, il soupire, il reçoit silencieusement les réminiscences de leur bataille.
Lentement, elle offre son visage aux rayons déclinants.
Cristalline, esseulée, une larme dévale la courbe d’une joue pour mieux se nicher dans la rondeur d’une lèvre charnue.
Bien vite chassée, notre dame se redresse, s’enlace et expire.

Le chuchotement de ses étoffes caressent ses courbes relevées.
Dans la solitude, elle se découpe dans le clair-obscur d’une verrière glacée.
Tel un tableau de maître, elle s’expose, suspendue dans le temps et l’espace mêlés.

Derrière la porte close, immobile, contenu, il retient son souffle saccadé.
Sa volonté lui soufflait de s’éloigner, il n’a pu finalement s’y résigner.
Un instant, l’antique porte le soutient. Le regard éperdu, il fixe le vide qui l’entoure.
Ses pieds sont ancrés, ses jambes se dérobent à ses ordres muets.
Las, il laisse son corps glisser.
Le sol lui semble glacé, il fige le théâtre d’ombres qui hantent son esprit fourbu.
Il se dit qu’il ne devrait pas être ici, mais sa raison ne l’écoute plus…

Au petit matin, il le sait, il ira la retrouver.
Sans un mot, il rendra les armes face à sa beauté.
Sans une parole, leurs corps s’épouseront une fois encore.
Sans retenue, ils brûleront de passion et d’ardeur renouvelées.
Sans regret, ils s’offriront à la magie de leurs étreintes et de leurs voeux désavoués.

¢ Le Chuchoteur

Oraison

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Lullaby Of Woe par Ashley Serena 🎧

Vous ici ?
Venez cher ami, accompagnez-moi.
Soyons les témoins silencieux de la Destinée.

Regardez autour de vous, que voyez-vous ?
Une terre désolée, balayée par les ravages des hommes et du temps…
Des arbres décharnés, dépourvus de leur magnificence d’antan.
Un obscur brouillard chargé des fétides effluves d’un immonde charnier.

Tendez l’oreille mon ami !
Entendez-vous la mélodie glaçante de la mort qui rampe et qui sournoisement s’approche ?
Le son humide des crocs qui déchirent et des langues qui claquent ?
Vous retenez votre souffle très cher…
Le parfum écoeurant de la décomposition, de la désolation et de la peur nous entoure.

Attendez ! Là, à la lisière ! La devinez-vous ?
La fine silhouette qui s’avance au coeur de cet enfer.
Son pas est sûr, cadencé et volontaire.
Elle exhale le danger, le sang et l’acier.

Mon ami, puis-je vous confier quelque chose ?
A cet instant, je suis ému par cette vision…
Gardons le silence voulez-vous ?
Soyons les spectateurs de cette manifestation et de son oeuvre.

Notre apparition est belle, féline, glaciale.
C’est une étoile brûlante et étincelante.
Ses courbes féminines sont gainées de cuir, d’acier et de fourrure.
Chacun de ses mouvements projette une aura fascinante de beauté et de dangerosité.

Notre valkyrie est venue affronter la nuit.
Les lignes de son dos annoncent sa détermination.
Son regard d’ambre liquide est implacable.
Sa poigne ferme sur la garde de son alliée fidèle.

Les ténèbres s’agitent, le festin a cessé.
Tous savent que le moment est venu.
L’entêtant parfum métallique aux teintes carmins va bientôt couvrir l’effroyable désastre de ce paysage…

Le temps est venu mon ami.
Un à un des rubis scrutateurs de violence et de mort illuminent le brouillard.
Les grondements et les ricanements d’épouvantes se font écho.
Notre immaculée sorceleuse brandit sa lame vibrante,
Sa danse va débuter et son oeuvre funeste prendre vie…

Mais, c’est ici que je vous quitte mon ami très cher…
Car il s’agit d’une autre histoire qu’un jour peut-être je vous conterais.

¢ Le Chuchoteur

L’étreinte vermeille

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Gender de Really Slow Motion 🎧

Dans la moiteur du crépuscule, l’intimité d’une chambre.
Un lit à baldaquins habillé d’ombres et de tentures richement ornées.
Une silhouette assise, esseulée, face à son reflet.

Elle observe, absente, cette jumelle qui lui fait face.
Sa main délicate parcourt la cascade de sa chevelure de jais.
Ses courbes délicieuses se dévoilent sous le chuchotement de la soie poudrée de son déshabillé.

Une brise nocturne s’engouffre par la porte-fenêtre négligamment offerte à la nuit.
Elle se lève, s’avance doucement pour observer le mystère de minuit.
Dans l’attente, son corps caressé par les voilages dansant,
Ses monts, ses vallées, tout son être semble nimbé par la lune et le chant du vent.

Son visage éteint s’illumine soudain.
Au coeur d’une étrange brume inattendue se dessine une silhouette masculine, fière, sombre et singulièrement vêtue.
L’homme s’approche, ouvre grand les bras.
Elle se précipite et contint difficilement sa joie…
Dans une étreinte sensuelle, son corps fragile disparaît,
Emportée dans une valse de cuir, de cliquetis métalliques et de tissus pourpres mêlés.

La chorégraphie a porté les danseurs dans l’intimité des tentures ornées.
La sensualité a cédé la place à l’urgence des sens,
La beauté crue des corps, de la tentation et des baisers.
Aux confins de l’osmose, un cri, un soupir, des chuchotements…
La tension se fige et le silence s’étire.

Il émerge de la mer de draperie.
Il porte contre son sein, sa compagne éthérée.
Un instant interdit, il dépose un baiser douloureux sur la soie noire de ses cheveux.

Lentement, il échoue dans le confort d’une bergère isolée.
La belle endormie semble paisible dans son immobilité.
Une fleur carmin s’est épanouie le long de la courbe gracile de son cou.
Elle colore peu à peu la soierie de son décolleté exhibé à la moiteur de cette nuit amère.
Son amant retient encore quelques instants la chaleur de leur embrassade irraisonnée et
se maudit pour sa présomptueuse vanité.

Avec les premiers rayons de l’aube apparaîtra la cruelle vérité d’un corps exsangue par la grisante passion d’un jeune maître aux crocs trop acérés…

¢ Le Chuchoteur

Les Oubliés

🎧 Je vous invite à lire avec l’écoute de Lívstræðrir d’Eivør Pálsdóttir et John Lunn 🎧

Ainsi vous voici ?
Vous voilà revenue chère amie…
Bien. Prenez place et ouvrez vos sens.

Dans un labyrinthe brumeux de roches traîtresses et de bois gardien.
Le chuchotement d’une rivière.
Lente. Inexorable.
Au coeur d’une nature brute et sauvage.
Le grondement annonciateur du messager des dieux.
L’odeur pénétrante du mucus et de l’ozone.
Et la terre, vibrante, vivante.

Nous y sommes. Ressentez.

Une respiration haletante.
Le bruit rythmique et hypnotique.
Un parfum métallique, entêtant.
Le silence épais et sourd qui nous entoure.

Une silhouette sombre, bardée de cuir et d’acier.
Fière, dressée, instantané figé d’une bataille à peine achevée.
Une lame luisante d’un fatal vermillon, parfait prolongement d’un bras meurtrier.
Et une jumelle muette et funeste, tout contre son dos.

A ses pieds, une créature mi-aigle, mi-lion.
Immobile, piégée éternellement dans une ultime tentative de rébellion.
De son bec, glacé dans un dernier râle,  sa source de vie s’écoule.

L’épée effleure le plumage indigo.
Un profil aquilin et altier se dessine.
Des yeux lumineux et félins se devinent.
Une lassitude fugace se dévoile.
Dans un mouvement souple, un genou à terre est posé.

Écoutez. Le messager est arrivé.

Soudaine. Souveraine. Salvatrice.
L’ondée emporte les derniers échos sanglants de ce sacrifice.
Les yeux clos, le visage offert aux cieux.
L’averse lave la violence, la fatigue et l’offense faites aux dieux.

Voyez. Le miracle d’un jour nouveau est né.

La sombre confidente de ce duel retire son manteau étoilé.
Son éblouissante soeur déploie sa mousseline aux teintes chatoyantes et colorées.
Un rayon ami caresse cette scène le temps d’une inspiration étouffée.

La silhouette guerrière réunie de nouveau les lames unies.
Son tribu récolté, il est temps de perpétuer sa destinée.
D’autres rencontres, d’autres vies fauchées pour assurer la pérennité de l’humanité.

Ô dieux, soyez magnanimes et accordez votre mansuétude aux sorceleurs honnis et oubliés…

¢ Le Chuchoteur